Pendant longtemps, les marchés étaient surtout dominés par des professionnels qui se connaissaient, se surveillaient, et évoluaient dans un cadre relativement fermé. Aujourd’hui, n’importe qui peut trader depuis son salon, avec un téléphone, un effet de levier, des bots, des plateformes ultra-rapides, et parfois des montants énormes. En apparence, cela ressemble à une démocratisation. En réalité, cela a aussi ouvert la porte à un nouveau danger : un système où l’incompétence, la vitesse, l’automatisation et le levier peuvent se combiner pour provoquer des cascades incontrôlables.
Quand on parle de risque sur les marchés, la plupart des gens pensent au risque de perdre de l’argent sur un trade.
Mais il existe un risque bien plus grave : le risque systémique.
Le risque systémique, c’est le moment où le problème ne touche plus seulement un trader, une plateforme ou une banque… mais où tout le système peut être contaminé. Un bug, une liquidation massive, un excès de levier, un manque de liquidité, un mouvement algorithmique, un appel de marge en chaîne… et soudain, ce ne sont plus seulement quelques positions qui sautent, mais des pans entiers du marché qui se désorganisent.
Et c’est cela qui m’inquiète aujourd’hui.
Parce que les marchés modernes ne sont plus seulement des lieux d’investissement. Ce sont devenus des écosystèmes ultra-connectés, dominés par la vitesse, l’automatisation, le levier et la recherche agressive de liquidité.
Lisez bien jusqu’à la fin, parce qu’on va commencer doucement, puis aller de plus en plus loin… et je peux vous assurer qu’après la lecture de cet article, vous ne verrez plus du tout les marchés de la même façon !
1. Avant, les marchés étaient plus fermés. Aujourd’hui, tout le monde peut intervenir
Il fut un temps où les marchés étaient principalement animés par des professionnels : banques, brokers, market makers, traders institutionnels.
Cela ne veut pas dire que tout était sain, ni que les abus n’existaient pas. Mais il y avait au moins une chose : une partie importante des acteurs comprenait le fonctionnement du marché, la profondeur du carnet, la liquidité, les impacts d’exécution, les effets de contagion, et surtout les conséquences d’un excès de risque.
Aujourd’hui, avec le trading en ligne, tout a changé.
N’importe qui peut ouvrir un compte en quelques minutes, prendre du levier, cliquer sur acheter ou vendre, lancer un robot trouvé sur internet, copier une stratégie vue sur les réseaux, ou suivre un influenceur qui lui promet des gains rapides.
Le problème, ce n’est pas que plus de gens aient accès aux marchés.
Le problème, c’est que beaucoup y accèdent sans aucune culture du risque.
Ils ne comprennent pas :
- ce qu’est réellement la liquidité,
- comment un ordre important peut déplacer le prix,
- pourquoi les stop-loss des autres sont des poches de carburant,
- comment un algorithme peut amplifier un simple mouvement,
- ni comment une liquidation locale peut devenir une réaction en chaîne.
À petite taille, ce manque de connaissance reste souvent un problème individuel.
Mais quand cette mentalité se combine avec :
- du levier,
- de l’automatisation,
- des effets de foule,
- et des montants énormes,
alors cela devient un problème collectif.
2. Les bots et algorithmes : le risque n’est pas seulement ce qu’ils font, mais la vitesse à laquelle ils le font
On entend souvent dire : “les algorithmes apportent de la liquidité”, “les bots rendent les marchés plus efficaces”.
Parfois, c’est vrai.
Mais il y a un revers gigantesque : un algorithme exécute sans émotion… et donc sans recul.
Un humain peut paniquer, mais il peut aussi hésiter.
Un algorithme, lui, ne doute pas.
S’il a reçu l’ordre de vendre, il vend.
S’il a reçu l’ordre de couper, il coupe.
S’il a reçu l’ordre de frapper une zone, il la frappe.
Et surtout : il le fait en millisecondes.
Le vrai danger vient du fait qu’un algorithme n’agit jamais dans le vide.
Il agit dans un marché rempli :
- d’autres algorithmes,
- de stratégies haute fréquence,
- de systèmes de gestion du risque automatiques,
- d’ordres stop,
- d’appels de marge,
- de liquidations forcées.
Autrement dit, un premier mouvement peut en déclencher un deuxième, puis un troisième, puis dix autres en quelques fractions de seconde.
C’est exactement ce qui rend le système si fragile : la rapidité de propagation.
Le 6 mai 2010, lors du célèbre “Flash Crash” américain, une forte pression vendeuse sur les futures E-Mini S&P a rencontré un marché déjà stressé. Le rapport conjoint SEC/CFTC a conclu qu’un gros ordre de vente, combiné à la structure du marché et aux réactions d’acteurs haute fréquence, a contribué à un effondrement brutal avant rebond. En quelques minutes, le SP500 a plongé de plus de 8% et près de 1 000 milliards de dollars de valorisation se sont évaporés temporairement. Même chose sur le dow Jones qui a chuté de plus de 9%, et pire encore Procter & Gamble ont chuté de 37%, sans aucune raison, la société aurait pu faire faillite ce jour là, sans aucune raison apparente, seulement parce que des bots ont fait ce pour quoi ils avaient été programmé.
Ce genre d’événement montre une chose essentielle : dans un marché automatisé, une erreur, un excès de taille ou une mauvaise interaction entre algorithmes peut produire un résultat disproportionné.
3. Le vrai problème : beaucoup d’algorithmes sont conçus sans compréhension profonde du marché
Tout le monde peut aujourd’hui coder un bot et cela a pris encore plus d’ampleur depuis l’avènement de l’intelligence artificielle. C’est devenu presque banal.
On trouve :
- des scripts,
- des stratégies copiées-collées,
- des IA qui génèrent du code,
- des robots vendus en abonnement,
- des promesses de trading “automatique”.
Mais programmer un bot n’est pas la même chose que comprendre un marché. Un développeur peut savoir coder sans comprendre :
- la profondeur réelle d’un carnet,
- la différence entre liquidité affichée et liquidité disponible,
- les effets d’une exécution agressive,
- la microstructure,
- le slippage,
- les réactions en chaîne,
- le comportement d’un marché en stress.
Résultat : un bot peut fonctionner “en apparence” dans un environnement calme… puis devenir destructeur dès que les conditions changent.
L’exemple de Knight Capital est très parlant. En 2012, un problème de déploiement logiciel a provoqué une avalanche d’ordres erronés sur des actions américaines. En moins d’une heure, la société a perdu environ 440 millions de dollars. La SEC a ensuite sanctionné Knight en expliquant notamment qu’une défaillance de code et des contrôles insuffisants avaient laissé le système envoyer des ordres défectueux, alors même que des messages d’erreur internes avaient été générés avant l’ouverture.
C’est le cauchemar parfait des marchés modernes : pas besoin d’un génie du mal, pas besoin d’un complot, pas besoin d’un événement géopolitique énorme.
Un simple problème technique peut suffire.
Et plus récemment, dans les cryptomonnaies, on a vu le même danger le 10 octobre 2025 : lors du flash crash, des milliards de dollars de positions à levier ont été liquidés en cascade, sans que les traders ne puissent intervenir. Binance affirme que ses systèmes centraux sont restés opérationnels, mais l’épisode a montré qu’en marché stressé, entre congestion, baisse de liquidité et dysfonctionnements signalés par certains utilisateurs, beaucoup d’investisseurs n’ont tout simplement pas pu intervenir au moment où ils en avaient le plus besoin.
4. Le trading est devenu un jeu vidéo pour une partie des nouveaux acteurs
Il y a aussi un changement culturel.
Une partie des nouvelles générations arrivées sur les marchés — particulièrement via la crypto — n’a pas grandi avec une culture de l’investissement, mais avec une culture :
- de l’instantané,
- du score,
- de la compétition,
- du “screen time”,
- du “je gagne / tu perds”.
Et sur certaines plateformes, comme Hyperliquid, tout est présenté comme un jeu :
- classements,
- transparence sur les positions,
- grosses captures d’écran,
- chasse à la liquidation,
- culte de la baleine à faire tomber,
- glorification du coup d’éclat.
Le danger ici n’est pas moral seulement, il est structurel. Car lorsqu’un marché devient une arène où l’objectif implicite est de “faire sauter” la position d’un autre, les comportements changent. On ne réfléchit plus comme un investisseur. On joue comme dans un jeu vidéo d’élimination.
Sur des plateformes où l’on voit mieux les tailles de position, les zones de liquidation ou certains flux publics, certains acteurs peuvent être tentés de penser : “Si une grosse baleine est long ici, il suffit d’aller chercher son niveau.”
À petite échelle, cela reste du rapport de force classique.
Mais à grande échelle, cela devient dangereux, parce qu’en allant chercher une liquidation visible, on peut :
- déclencher des liquidations secondaires,
- activer des bots momentum,
- provoquer des appels de marge ailleurs,
- déséquilibrer d’autres carnets,
- et lancer une cascade qu’on ne contrôle plus.
Et c’est là qu’on passe du “jeu” au risque systémique.
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5. Les jeunes fortunes crypto ajoutent un facteur nouveau : de très gros capitaux sans culture de marché
Un autre point rarement abordé, c’est l’arrivée de nouveaux riches issus de la crypto.
Beaucoup ont gagné énormément d’argent très vite.
Encore une fois : le problème n’est pas qu’ils aient réussi.
Le problème, c’est que certains se retrouvent avec une puissance de feu énorme sans avoir :
- ni formation financière solide,
- ni expérience des cycles longs,
- ni compréhension de la liquidité,
- ni mémoire des crises passées,
- ni conscience du poids réel de leurs interventions.
Quand quelqu’un possède un petit capital, ses erreurs restent souvent contenues. Mais quand quelqu’un place des ordres massifs avec une vision très simpliste du marché, il peut :
- déplacer les prix,
- casser la profondeur d’un carnet,
- déclencher des réactions automatiques,
- perturber la formation des prix,
- et provoquer une instabilité bien au-delà de sa propre position.
Autrement dit, ce n’est pas seulement l’argent qui compte.
C’est l’argent + l’inexpérience + la vitesse + le levier.
Et cette combinaison est explosive.
6. Le trading haute fréquence : la machine qui peut amplifier une étincelle
Le trading haute fréquence, repose sur des milliers d’ordres passés et annulés à une vitesse inaccessible pour un humain.
Ses défenseurs disent qu’il améliore la liquidité.
Ses critiques répondent que cette liquidité disparaît justement quand on en a le plus besoin.
Et c’est là tout le problème.
En période calme, tout semble fonctionner.
Mais en période de stress, certains acteurs ultra-rapides retirent leur liquidité, changent de comportement ou deviennent eux-mêmes des amplificateurs du mouvement.
Le “Flash Crash” de 2010 a précisément montré qu’un marché très fragmenté, très électronique et déjà nerveux pouvait devenir brutalement fragile.
Il y a eu aussi l’épisode du 15 octobre 2014 sur le marché des obligations d’État américaines, pourtant censé être l’un des marchés les plus sûrs et les plus liquides au monde. Un rapport conjoint du Trésor américain, de la Réserve fédérale, de la SEC et de la CFTC a documenté une variation extrêmement rapide et inhabituelle des rendements et des prix ce jour-là. Quand même le marché des Treasuries peut partir en mouvement quasi-chaotique, cela rappelle que la fragilité n’est pas réservée aux actifs exotiques.
En mars 2020, pendant le “dash for cash”, même le marché du Trésor américain a connu une dégradation sévère de son fonctionnement, ce qui a conduit à des interventions massives des banques centrales. Des travaux de la Fed de New York et du FSB expliquent que les ventes forcées, le levier de certains acteurs non bancaires et la capacité limitée des intermédiaires ont rendu le mouvement auto-renforçant.
Donc non, le problème n’est pas seulement “la volatilité”.
Le problème, c’est la vitesse de la désorganisation.
7. Quand on doit arrêter la bourse pour empêcher le système de dérailler, ce n’est pas normal
On nous présente souvent les suspensions de marché comme des mécanismes de protection. Et c’est vrai : elles servent à éviter qu’une panique incontrôlée ne détruise tout en quelques minutes.
Mais il faut poser la question franchement : si un marché a besoin d’être régulièrement interrompu pour ne pas s’autodétruire, peut-on encore dire qu’il fonctionne sainement ?
Aux États-Unis, les coupe-circuits de marché sont prévus à -7 %, -13 % et -20 % sur le S&P 500. Un niveau 1 ou 2 suspend les cotations pendant 15 minutes avant 15h25, et un niveau 3 ferme le marché pour le reste de la séance.
En mars 2020, ces mécanismes ont été déclenchés à répétition.
Cela montre bien une chose : les marchés modernes peuvent entrer dans des phases où, sans interruption forcée, la machine s’emballe trop vite.
Autre exemple marquant : en mars 2022, le London Metal Exchange a suspendu le marché du nickel et a même annulé des transactions après un mouvement de prix extrême. Des analyses de l’OFR et les notices du LME montrent que les appels de marge menaçaient plusieurs membres compensateurs et que le marché n’était plus considéré comme ordonné.
Là encore, on voit le même message : quand la volatilité, le levier et les appels de marge se rencontrent, les autorités ne laissent plus le marché “faire son prix”. Elles interviennent en urgence.
8. Les chambres de compensation, les appels de marge et les hausses de collatéral : le système freine dans l’urgence
Un sujet que les novices connaissent mal, c’est celui des marges.
Quand un marché devient trop nerveux, les chambres de compensation ou les bourses augmentent les exigences de marge. En clair : elles demandent plus d’argent en face des positions.
Sur le papier, c’est logique.
Elles veulent se protéger contre le défaut d’un participant.
Mais en pratique, cela peut aussi accentuer la pression :
- certains traders doivent vendre en urgence pour trouver du cash,
- certains fonds réduisent leur exposition,
- certaines positions sont liquidées simplement parce que le coût de maintien explose.
C’est ce qui s’est vu à plusieurs reprises sur les métaux précieux. En 2011, CME a relevé les exigences de marge sur l’or et surtout l’argent dans un contexte de forte volatilité. Ces hausses ne “contrôlent” pas les prix au sens simple du terme, mais elles modifient brutalement le comportement des participants et peuvent accélérer les sorties forcées.
Plus récemment en février 2026, on a encore vu à quel point le système devait être tenu artificiellement sous contrôle : face à une volatilité extrême sur les métaux précieux, le CME a relevé une nouvelle fois les exigences de marge sur les contrats or et argent, notamment sur l’argent, afin de freiner le risque de défaut et de contenir la nervosité du marché. Et quelques jours plus tard, le 25 février 2026, le trading des métaux sur Globex a même dû être interrompu temporairement à cause d’un soit disant problème technique, preuve qu’aujourd’hui, même les marchés de matières premières stratégiques ne tiennent plus sans rustines d’urgence.
Donc oui, le système met des freins.
Mais ce sont souvent des freins activés quand la voiture est déjà en train de partir dans le ravin.
9. Le cas de l’or et surtout de l’argent : le papier peut dépasser très largement le physique disponible
Autre fragilité importante : la différence entre le marché “papier” et le marché physique.
Dans les métaux précieux, et particulièrement sur l’argent, il existe un volume de contrats très supérieur au stock réellement disponible à la livraison à un instant donné. La majorité des contrats à terme ne se termine pas par une livraison physique.
Mais cela veut dire qu’en cas de ruée, de panique, ou de demande de livraison plus forte que d’habitude, la tension peut devenir extrême. Et c’est exactement ce qu’il se passe en ce moment, il y a de plus en plus de demandes de livraison.
Le CME publie à la fois l’open interest des contrats silver et les stocks de silver en entrepôts COMEX, distinguant notamment les stocks “registered” et “eligible”. Cette simple coexistence de données montre que le nombre d’onces promises via les contrats peut largement dépasser le métal immédiatement “registered” pour livraison, ce qui constitue une vulnérabilité potentielle en cas de stress.
Autrement dit, tant que tout le monde reste calme, le système tient.
Mais si trop d’acteurs veulent la même chose en même temps, la question devient :
qui sera servi en premier ?
Et dans un marché déjà fragilisé par le levier, c’est exactement ce genre de tension qui peut accélérer une crise.
10. Les banques ont appris… mais pas au point d’éliminer le risque systémique
Après 2008, on a beaucoup entendu que le système bancaire avait été renforcé.
C’est partiellement vrai :
- davantage de capital,
- davantage de surveillance,
- stress tests,
- ratios de levier,
- exigences prudentielles.
Le cadre Basel III prévoit par exemple un ratio de levier minimal de 3 %, ce qui signifie en gros qu’une banque doit conserver un minimum de capital de meilleure qualité face à l’ensemble de ses expositions.
Mais cela ne signifie pas que le danger a disparu.
Les autorités continuent de surveiller les grandes banques systémiques mondiales précisément parce qu’elles restent assez importantes et interconnectées pour poser un risque collectif.
Et surtout, le risque ne se limite plus aux banques elles-mêmes.
Il s’étend aujourd’hui :
- aux hedge funds,
- aux fonds à levier,
- aux pensions,
- aux chambres de compensation,
- aux plateformes,
- aux infrastructures de marché,
- aux fournisseurs technologiques.
Sur les dérivés, la concentration reste énorme. L’OCC indiquait qu’au premier semestre 2025, quatre grandes banques détenaient plus de 87 % du notionnel total des dérivés du système bancaire américain. Le notionnel n’est pas l’exposition nette — mais cela montre une concentration extrême du risque opérationnel et de contrepartie.
Donc oui, les banques ont des coussins.
Mais le système entier reste traversé par :
- la concentration,
- l’interconnexion,
- le levier,
- et la dépendance à la liquidité continue.
Et cela, en période de panique, peut redevenir explosif.
11. Le vrai risque, c’est la contagion
C’est probablement le point le plus important à comprendre. Le danger systémique ne vient pas seulement d’un mauvais trade ou d’un mauvais acteur. Il vient de la contagion.
Exemple typique :
- un gros acteur lance un mouvement brutal ;
- des stops loss sautent ;
- des positions à levier sont liquidées ;
- des bots momentum accélèrent le mouvement ;
- des appels de marge forcent d’autres ventes ;
- la liquidité disparaît ;
- les teneurs de marché élargissent les spreads ou se retirent ;
- les chambres de compensation montent les exigences ;
- certains intermédiaires ne suivent plus ;
- la tension atteint les banques, les fonds, ou l’infrastructure.
Et là, le problème n’est plus un actif. Le problème devient systémique.
12. Les risques que beaucoup oublient : cyber, infrastructure, pannes et dépendance technologique
Il y a aussi des risques plus silencieux, mais tout aussi dangereux :
- panne d’une infrastructure critique,
- incident sur un système de paiement,
- cyberattaque,
- bug chez un fournisseur technologique central,
- problème de compensation ou de règlement.
Rappelez vous de Binance en octobre 2025, ou de Luna en mai 2022, pour n’en citer que 2. Il était impossible d’intervenir pour fermer certaines positions et les stop loss ne se sont pas tous enclenché du fait de la rapidité des crash.
Le système moderne repose tellement sur la technologie qu’une panne peut devenir un problème systémique. La Fed, le DTCC et d’autres institutions rappellent que les interruptions d’infrastructures de paiement ou de marché peuvent menacer la stabilité financière. Le Fedwire Funds Service a par exemple connu une perturbation majeure en 2021, et les travaux récents insistent sur le fait qu’une interruption intrajournalière d’une grande infrastructure peut perturber fortement le système.
Donc aujourd’hui, le risque systémique n’est plus seulement financier.
Il est aussi :
- technologique,
- opérationnel,
- cyber,
- et géopolitique.
Conclusion
Le problème des marchés modernes, ce n’est pas seulement qu’ils soient volatils.
C’est qu’ils sont devenus :
- plus rapides,
- plus accessibles,
- plus gamifiés,
- plus automatisés,
- plus levierisés,
- plus concentrés,
- et plus interconnectés que jamais.
Un particulier incompétent avec 500 euros ne mettra pas le système en danger.
Mais un ensemble d’acteurs mal formés, le copy trading, des baleines sans culture de marché, des algorithmes mal conçus, des stratégies haute fréquence, des appels de marge, des chambres de compensation sous tension, des banques très connectées entre elles et une infrastructure technologique critique… ça, oui, ça peut devenir explosif.
Et c’est cela qu’il faut comprendre :
Le danger n’est pas seulement dans la chute. Il est dans la vitesse de propagation.
Le danger n’est pas seulement dans l’erreur. Il est dans l’interconnexion des erreurs. Le danger n’est pas seulement dans le levier. Il est dans le fait que tout le monde saute en même temps.
Les marchés modernes ressemblent à une machine qui tient tant qu’on ne la pousse pas trop loin. Mais quand elle commence à trembler, on découvre que beaucoup de ses sécurités ne servent pas à prévenir le problème… seulement à essayer d’empêcher l’explosion totale.
Mais il ne faut pas oublier une chose essentielle : derrière les marchés, il n’y a pas que des chiffres sur un écran. Il y a des entreprises, des retraites, des épargnes, des emplois, des matières premières, des coûts de financement, et parfois même la stabilité d’un pays entier. Quand une machine financière devient incontrôlable, ce ne sont pas seulement des traders qui perdent. Ce sont aussi des gens qui n’ont rien demandé et qui subissent les conséquences.
Le plus aberrant, c’est peut-être le degré de déconnexion auquel nous sommes arrivés. Aujourd’hui, une grande partie des marchés espère de bonnes nouvelles… quand l’économie donne de mauvais signaux. Pourquoi ? Parce que si la croissance ralentit, si le chômage monte, si la consommation faiblit, si l’inflation recule brutalement, alors les banques centrales pourraient baisser leurs taux, et cette perspective suffit parfois à faire monter la bourse.
Autrement dit, on en arrive à un système où certains investisseurs surveillent avec impatience les annonces sur l’emploi, l’inflation, la consommation, la croissance ou les décisions des banques centrales, non pas parce qu’ils souhaitent une économie saine, mais parce qu’ils cherchent à savoir si la situation est assez mauvaise pour justifier plus de liquidités, plus de soutien monétaire et donc une hausse des actifs financiers.
C’est une inversion totale du bon sens : on se retrouve à espérer des signaux de faiblesse dans la vie réelle — ralentissement, tensions économiques, fragilité des ménages ou des entreprises — simplement parce que cela peut nourrir la performance des marchés.
Je vous laisse réfléchir à ça, n’oubliez pas de vous abonner à ma chaine Youtube cela m’aiderait beaucoup à me faire connaître… Merci et on se dit à très vite dans une prochaine vidéo.